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Les Voies des Mangini

par Laurence Duran-Jaillard, aux éditions LIBEL

 

Postface de Philippe Dujardin, politoloque, ancien conseiller scientifique de la direction de la prospective du Grand Lyon.

Comment j’ai rencontré les Mangini…

C’était le dimanche 10 juillet 2016, un soleil féroce enveloppait toute la petite commune de Saint Pierre la Palud, aux confins du département du Rhône. Et tiens, toute une troupe de gens joyeux, en costume 1900 festoyait sur la place du village. Au milieu de celle-ci, trônait aussi une drôle de locomotive. Magnifiquement ouvragée, elle arborait des dimensions significatives. On la sentait prête à s’élancer mais non, elle n’avait que deux morceaux de rails pour tout bagage.

Passionnés ferroviaires

Au château de la Pérollière, superbe demeure en retrait de Saint Pierre, des salles déroulaient plusieurs expositions. Dans l’une, il était question de voies ferrées, les toutes premières à dessiner la France, on découvrait sur de vieilles cartes postales ou sur d’anciennes coupures de journaux des images de trains d’antan, de gares. On comprenait que les passionnés de la chose ferroviaire – et Dieu sait qu’ils sont passionnés – avaient été à la manœuvre.

Cette fois dans une autre salle ce sont les Hospices Civils de Lyon qui s’étaient investis, présentant plus particulièrement le Centre Léon Bérard, célèbre pôle lyonnais spécialisé en cancérologie et qui porte le nom de son fondateur. Et ailleurs, la Société d’Enseignement Professionnel du Rhône (SEPR), reconnue aujourd’hui comme le premier centre de formation initiale professionnelle de la région Rhône-Alpes Auvergne, donnait à voir ses multiples activités.

Qui connaît les Mangini ?

Le soir dans la salle des fêtes, un spectacle prenant parfois des allures de théâtre d’ombres, racontait enfin toute l’histoire. Le spectacle s’intitulait « la Saga Mangini, il était une voie ». Voilà, j’étais au cœur de l’affaire, l’association M.E.R.C.I (Moment Emotion Reconnaissance Citoyen Intemporel) basée à l’Arbresle avait voulu mettre sous les projecteurs la famille Mangini car elle avait fait souche depuis ces terres. Il fallait dévoiler l’histoire de cette famille très remarquable qui a beaucoup œuvré et donné à Lyon et son territoire.

Pourtant, qui connaît les Mangini ? Qui sait que son patriarche, Lazare Mangini, modeste immigré italien débarqué ici en 1829, a participé à la réalisation de la première voie ferrée de France (reliant Lyon à St Etienne) transportant des voyageurs ? Et que ses proches, sa descendance recèlent des personnalités entreprenantes, innovantes, généreuses qui ont marqué cette époque charnière entre le 19ème et le 20ème siècle où les esprits ne rêvaient que de progrès. Et mettaient tout en œuvre pour les réaliser.

Lazare, Marc, Félix, Lucien, Léon…

Ils se nomment Lazare, Marc, Félix, Lucien, Léon, Henri, Louis… oui, peu de noms de femmes, elles apparaissent comme épouses, ainsi le voulait l’époque. Suivre leur sillage c’est découvrir une formidable diversité d’initiatives et de réalisations. Voici pour une petite « mise en bouche » : la première voie ferrée de France donc, mais aussi l’assèchement des marais de la Dombes, un sanatorium à Hauteville dans l’Ain, les premiers logements pour ouvriers dans les quartiers populaires de Lyon, une locomotive qui « fonce » à 50km à l’heure grâce à sa chaudière tubulaire, un pansement en tulle gras pour soigner les blessés de la première guerre mondiale, un premier service de cancérologie installé cahin- caha au cœur de l’Hôtel Dieu à Lyon, une folle exploration jusqu’aux confins de la Sibérie et de la Mongolie…

Arrêtons nous aussi dans des châteaux, celui de la Pérollière à St Pierre la Palud, celui des Halles dans la toute petite commune des Halles ou encore dans l’incroyable demeure mise au service de la science à Varagnes en Ardèche.

Souvenirs partagés

Le dimanche soir, sur la terrasse de la Pérollière ouvrant sur ce lumineux panorama des Monts du Lyonnais, presque toscan, M.E.R.C.I réunissait tous les participants de sa « Saga Mangini ». Devant un arbre généalogique grand format, plusieurs membres de la famille Mangini actuelle s’essayaient à retrouver leurs ancêtres, partageaient leurs souvenirs, leurs émotions. « Après la célébration de la saga Mangini en juillet 2016, l’une de mes petites nièces par alliance m’a dit : j’ai découvert votre famille et les valeurs morales de vos ancêtres. Je me sens investie d’une grande responsabilité, celle d’éduquer nos enfants en essayant de leur inculquer les mêmes valeurs », se souvient aujourd’hui Guy Mangini.

Guy Mangini a voulu ce livre parce que « c’est en quelque sorte graver dans le marbre l’esprit d’invention et les valeurs humanistes de mes ancêtres. Je souhaite que les nouvelles générations Mangini soient fières de leurs origines et qu’elles aient envie de reprendre le flambeau ».

Valeur, le mot important

Valeur, tel est le mot important. Tous ces Mangini et alliés ont certes entrepris, innové, emportés par la bourrasque du progrès si caractéristique de cette période de la révolution industrielle. Mais ils n’ont jamais perdu de vue que l’homme devait rester au centre du progrès. Les enfants du petit immigré italien sont devenus des bourgeois lyonnais et même de riches bourgeois mais plutôt que d’amasser toujours plus d’argent et en jouir égoïstement, ils l’ont transformé en causes généreuses, ont préféré servir l’intérêt général.

Dans le monde incertain, matérialiste et harponné furieusement par le « toujours plus » que nous vivons, il est essentiel d’entendre le message intelligent et bienveillant que nous transmettent les Mangini.

Comme la plupart, je ne connaissais pas les Mangini et j’ai beaucoup aimé, grâce à cet ouvrage, faire un beau voyage en leur compagnie. Je n’ai pas travaillé de façon académique, historique, scientifique. J’ai préféré par le récit, les anecdotes donner vie à tous ces personnages. Ils m’ont passionnée, touchée. Pourvu qu’ils vous passionnent aussi ! Sachons les écouter.

Laurence DURAN-JAILLARD